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Mégane, c'est un pissenlit!
Résumé du roman de Lucie Verrette

 

Le temps s'arrête, pour nous ramener au début des années soixante...

-C'était une époque où le respect et l'obéissance envers nos parents étaient prônés comme des règles inviolables. Le vrai bonheur était simple, accessible et répandu, et, les besoins, artificiels... beaucoup moins nombreux. Dans ce cadre, l'histoire de Mégane se veut empreinte d'une naïveté exceptionnelle, mais essentielle à son bonheur. Cette naïveté lui aurait servi de bouclier devant la fatalité, comme une forme infantile de courage...

-La fiction et la réalité ne feront plus qu'un, à travers le regard de cette fillette aux prises avec un combat solitaire, contre un handicap honteux et humiliant. Sans ressource autre que son espoir, elle s'acharnera pour atteindre le niveau de l'acceptable, en vue de faire de sa vie une réussite, malgré qu'elle fut, au départ, gratifiée de plusieurs éléments pour la rater.

Voici un extrait du roman :

CHAPITRE PREMIER
Boulevard Allard

-Un grand tableau noir encombrait le mur qui nous faisait face, et à une des extrémités de la tribune, assise derrière son gigantesque bureau de noyer poli, notre professeure se plaisait à nous surveiller. Elle avait décrété un temps d'arrêt, afin de nous permettre de mettre de l'ordre dans nos pupitres. Elle trancha finalement le silence, au bout de quelques minutes, pour s'adresser à l'une d'entre nous. J'avais entendu sa voix, mais je n'imaginais pas que son appel m'était destiné.

-- Mégane Cartier, venez me voir un instant, s'il vous plaît.
-Le silence total régnait dans la classe. Les filles me regardaient toutes, malgré que je ne fusse aucunement consciente que c'était moi qu'on venait d'appeler. Je m'étais encore évadée dans la lune.

-- Mégane Cartier! Je vous ai appelée! répéta tout doucement notre professeure.

-Elle sourit, quand elle se rendit compte que j'étais à des milles de la classe. Elle se nommait Stéphanie Sylvestre. Elle affichait fièrement ses quarante années de vie modeste, mais bien remplie. Son physique, méthodiquement soigné, lui donnait une allure sévère, mais uniquement pour ceux qui n'avaient pas eu la chance de connaître ses vrais attributs.

-Elle portait ses longs cheveux attachés, soigneusement épinglés pour former un gros boudin qui décorait sa nuque, un peu en bas des oreilles. Elle était habituellement vêtue d'une robe simple, conçue à la main dans une cotonnade fleurie, ou entièrement unie et ornée de quelques fleurs de soie. Un gilet de laine foncé garnissait ses épaules, sans toutefois rejoindre sa taille. Des bas de nylon et des chaussures massives à talons hauts complétaient sa toilette. Il se dégageait de sa personne une finesse qui allégeait le décor sévère que les meubles foncés et les murs sobres et austères imposaient à l'œil, dès que l'on entrait dans la pièce. Pourtant, derrière son bureau gigantesque, elle régnait sur nous en maître incontesté de la discipline.

-Notre classe était menue mais jolie, décorée de cartons de couleurs vives qui étalaient des textes qu'elle avait elle-même choisis. Les pupitres de bois verni avaient eu fort à faire depuis des années mais ils continuaient à espérer notre arrivée chaque matin. Nous y étions bien.

-Elle avait décoré le plafond de banderoles de papier de soie et fixé sur le haut des murs quelques cristaux de neiges, pour souligner l'approche des fêtes de la Nativité. Elle renouvelait le décor presqu'à tous les mois ainsi qu'à chaque changement de saison.

-Madame Sylvestre décida de se lever pour venir me rejoindre. Elle ne semblait pas affligée par mon attitude car elle savait que je n'étais pas une élève dissipée. Cependant, quelques unes de mes camarades de classe lui causaient des problèmes à l'occasion. Nous savions qu'elles faisaient partie d'une bande qui semait la terreur parmi les plus jeunes, dans la cour de l'école et dans les corridors. La plus redoutable et la plus grande de toutes, malheureusement, se trouvait dans ma classe. Elle s'appelait Valérie-Anne. Ça l'amusait beaucoup de créer des problèmes à un peu tout le monde, sauf à celles qui faisaient partie de sa gang. Je préférais me tenir loin d'elle puisque j'en avais très peur. Je n'avais pas avantage à affronter son physique d'athlète, car la nature ne m'avait offert qu'une petite stature, légèrement dodue. Je ne faisais pas partie, non plus, de ces filles de l'école que l'on vénérait à cause de leur beauté; cependant, je me comptais chanceuse que mon visage n'affiche pas de traits grossiers ou disgracieux. La seule chose qui m'attristait vraiment, au sujet de ma personne, avait été de devoir accepter de porter les cheveux très courts. Ma mère ne me donnait vraiment pas le choix, car aucune discussion n'était possible à ce sujet. Elle m'avait sommairement expliqué qu'une chevelure longue requérait beaucoup de soins et qu'elle n'avait pas de temps à consacrer à cette tâche.

-À l'approche de madame Sylvestre, je sursautai. Elle rit doucement.
-- Mademoiselle Cartier, venez me voir s'il vous plâil, me dit-elle, lorsqu'elle parvint au niveau de mon pupitre.
-- Oui, d'accord, madame, bafouillai-je.
-Puis, j'ajoutai timidement :
-- Pardonnez-moi, je crois que j'étais dans la lune.
-- Vous avez mal dormi, peut-être?
-- Oui, c'est un peu cela. Ma petite sœur a été malade cette nuit et nous partageons le même lit.

-Quelques rires se firent entendre au fond de la classe, mais de façon très étouffée.

-Je me levai timidement et la suivis vers l'avant de la classe. Je m'arrêtai, lorsqu'elle prit place derrière son bureau. Elle engagea alors la conversation avec moi, mais de façon discrète.

-- Ce ne sera pas très long, Mégane. Voici de quoi il s'agit. La secrétaire de l'école m'a fait remarquer que votre dossier n'avait pas été complété comme il l'aurait fallu. Votre adresse ne s'y retrouve pas. Curieux, n'est-ce pas? Quelle est donc votre adresse exacte?
-- 53, rue du boulevard Allard, madame.
-J'avais hésité un peu, étonnée par la question, mais je m'étais vite ravisée pour lui donner l'information. Madame Sylvestre se mit à rire discrètement et quelques élèves aussi. J'étais très gênée d'ignorer comment j'avais pu causer cette hilarité.

-- Un boulevard n'est pas une rue, mademoiselle Cartier. C'est un boulevard ou c'est une rue, vous comprenez? Les deux sont différents. Vous auriez dû dire, tout simplement : 53, boulevard Allard. La mention de la rue était inexacte.
--D'accord, j'essaierai de m'en souvenir.
-- Avez-vous des frères et des sœurs?
-- J'ai 2 sœurs et aussi 2 frères. Ils se nomment Mathilde, Michou, Yvan et Gabriel. Michou c'est une fille et Gabriel, c'est un garçon.
--Bon, c'est très bien. Ce sera tout pour le moment. Vous pouvez retourner à votre place, me chuchota-t-elle.

-Je demeurai plantée devant son bureau, figée par un inconfort soudain qui commençait à me troubler. J'osai interrompre le silence tendu, au lieu de retourner à mon pupitre.
-- Madame Sylvestre?
-- Oui Mégane?
-Elle m'avait répondu en relevant la tête car elle avait repris son travail, concentrée à écrire dans un gros cahier dont la couverture cartonnée de couleur noire m'impressionnait. Je raffolais de tout ce qui était papier et crayon et je n'en possédais que peu, jusqu'à ce jour.

Je commençais à me dandiner sur place pour tenter de ralentir une envie soudaine d'uriner. Sans doute, le fait que je me sois levée de ma chaise avait hâtée ce besoin. J'avais un petit problème de vessie et madame Sylvestre l'ignorait. Je lui demandai donc une permission pour m'absenter.
-- Pourrais-je aller aux toilettes, madame?
-- Tout de suite, là, maintenant?
-- Oui, madame.
--Nous irons en récréation dans quelques minutes. Vous pouvez attendre jusque là, n'est-ce pas?
-- Eh bien, c'est que...
-Et je ne pu me retenir une seconde de plus. Un petit filet d'urine commença à couler sur le plancher et je m'enfuis de la classe, en pleurant tout bas.

Un malaise soudain me fit sursauter, pour me tirer brutalement de mon sommeil. J'étais tellement heureuse de me rendre compte que j'avais rêvé cette histoire sordide. Ce n'était qu'un cauchemar de plus, car ils avaient été nombreux à hanter mes nuits, depuis mon enfance...

-J'étais encore trempée, ayant uriné dans mon lit. Je dormais profondément et je ne m'en aperçus, qu'au moment où le liquide se mit à couler le long de mes jambes. Il était trop tard car le pire était fait. Maintenant, mon pyjama mouillé me faisait grelotter, malgré les couvertures qui me tenaient au chaud. Pourtant, je ne me levai pas tout de suite, car j'avais peur. Je préférais attendre que la lumière du soleil chasse toute la noirceur de ma chambre...

 

 

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