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Froid, ou le journal d'une coincée  (extrait)

une novella de Cathy Pomerleau

 

Dimanche, 19 décembre

[...] On a terminé la soirée à développer un top 10 sur les raisons pour lesquelles on (en fait, les autres filles) est accro à la technologie, mettant totalement cette histoire d'allergie de côté.

  1. C'est utile pour connaître la température en temps réel (surtout pour Audrey qui déteste que ses cheveux prennent l'humidité).
  2. Ça permet d'assouvir son besoin de potins (c'est mon utilité préférée).
  3. On peut recevoir la presse du matin (qui d'entre nous la lit vraiment?).
  4. On peut rire des photos poches de nos amis Facebook qui ne sont pas vraiment nos amis dans la vie (ça nous fait bien rire la position des lèvres en trou de cul de poule, inspirant!).
  5. On peut poster des selfies (faute de ne pas se faire courir après pour se faire prendre en photo, quoi de mieux que de le faire par soi-même sans arriver à trouver l'angle qui ne nous fera pas paraitre comme ayant un double menton).
  6. Une super application permet de suivre son cycle menstruel (malgré que celui de Marilyne se suit bien par son humeur massacrante post menstruation).
  7. On peut partager avec la terre entière l'excellent repas qu'on est en train de manger en agréable compagnie (tellement agréable qu'on a tout notre temps pour prendre des clichés et les mettre en ligne).
  8. Sans la technologie, nous n'aurions pas connu le pouvoir hypnotique de Candy Crush (encore une minute, je vais terminer ce niveau).
  9. On peut recevoir rapidement les messages importants (ouin, un ratio de 1 pour 100 complètement inutiles, mais au moins c'est rapide à recevoir. Le plus long est de mettre à la corbeille les publicités pour remèdes miracles.)
  10. On peut se faire remonter le moral après avoir publié un message de détresse (ça ou se retrouver avec la police qui frappe à notre porte).

 

Lundi, 20 décembre

Il faisait encore nuit quand je me suis réveillée. Il faut avouer qu'en plein mois de décembre, c'est difficile de s'imaginer qu'il était déjà six heures. Le vent était enfin tombé. Je le savais aux murs qu'on n'entendait plus craquer.

Un bruit de moteur de souffleuse avait remplacé les pleurs grinçants du vent. En voulant me faire discrète, je me suis levée en douceur pour laisser les autres dormir. Je me suis accrochée dans le soutien-gorge de Mélanie qui pendait du cadre de la porte.
(En fait, je me suis retrouvée la face complète imprégnée dans son bonnet DDD. Je me demande comment il s'est retrouvé perché là.)

- Que fais-tu? M'a demandé Marilyne alors que je m'apprêtais à aller voir ce qui se passait dehors.
(Elle était tellement saoule hier soir qu'on a fait semblant qu'elle avait perdu à la courte paille pour qu'elle dorme par terre.)

- Je crois qu'on est venu nous sortir de là.

- C'est sûrement le déneigeur que Lily a appelé, s'est exclamée Marilyne.
(Comment veux-tu qu'elle l'ait contacté? On n'a même pas le réseau. J'ai vérifié quand j'ai regardé l'heure.)

Des coups répétés à la porte ont fait sortir les filles de leur hibernation.

-J'y vais, s'est précipitée Mélanie, sans prendre le temps de récupérer son soutien-gorge qui était pris dans mes cheveux.
(Cours pas trop vite, des plans pour que tu t'assommes avant d'arriver à la porte.)

Nous nous sommes habillées rapidement pour aller remercier notre sauveur, tentant de notre mieux de dompter nos cheveux rebelles.
(Et aussi pour être certaines que Mélanie ne le fasse pas fuir.)

- J'espère que c'est un beau mec, a soupiré Audrey.

- C'est quoi le rapport? Ai-je demandé. T'as le plus beau des gars qui t'attend chez toi...

- Non, mais, imagine-nous raconter l'histoire de notre sauvetage et qu'au moment de décrire le gars, tout ce qu'on a à dire c'est qu'il était un gros barbu boutonneux.
(Là, elle marque un point.)

- Pas besoin de dire la vérité, n'est-ce pas? A déclaré Lily, jetant un clin d'œil discret vers Audrey. Tout est dans le pouvoir de persuasion.
(J'avoue que Lily doit en avoir tout un pour avoir convaincu Marilyne de se joindre à nous pour ce week-end de...)

Mélanie a bel et bien ouvert la porte à un homme. Il s'agit du proprio du camp. Il a été surpris de nous y trouver. Il a compris que nous y étions alors qu'il a découvert la voiture de Marilyne ensevelie sous la neige.

- Vous êtes les filles de l'Abitibi? Celles qui ont réservé le chalet « Le bienfait »? Je peux savoir ce que vous faites ici?

- Le « buffet », vous voulez dire. Nous avons payé jusqu'à aujourd'hui midi, s'est expliquée Marilyne.

- Vous ne pouvez pas nous mettre dehors par cette température, a minaudé Mélanie.
(Euh, on aurait dit qu'elle était moins habillée qu'il y a cinq minutes. Le feu du foyer que notre sauveur vient de réanimer donne un aspect de transparence à la jaquette de ma cousine.)

- C'est pas de ça dont je vous parle, s'est opposé le nouveau venu qui retire sa tuque et son foulard alors que les deux jambes me manquent.

- Oups! Ça va, mademoiselle, vous avez l'air pâle.

- Ppp...pa....dd..nnnnon, ça va, me suis-je excusée, replaçant discrètement ma mâchoire qui venait de se disloquer.
(J'ai eu l'air d'une vraie tarte! Le gars est digne d'un calendrier de pompiers. Ok, j'ai pas vu son torse, ni ses bras, ni son linge en dessous de son habit de neige, mais je devine.)

- Vous vous trouvez dans le campement des préposés à l'entretien de mes chalets. « Le buffet ». C'est ici que vous deviez récupérer la clé de celui que vous aviez réservé. Il se trouve un peu plus à flanc de montagne. La route pour s'y rendre est un chemin entretenu. Comment avez-vous pu vous tromper?

Nous nous sommes toutes tournées vers Marilyne dans un mouvement synchronisé.
(Si nos yeux avaient eu des lances, elle aurait été épinglée au-dessus de l'âtre. Comme une tête de chevreuil. En fait, j'aurais vraiment eu le goût de lui arracher la tête en cet instant.)

- D'après moi, il y en a une qui n'a pas lu les précisions fournies avec la réservation, s'est moqué gentiment notre héros du jour.

- C'est Lily qui devait s'occuper de tout, s'est défendue Marilyne.

- Oups, a seulement dit l'intéressée. « Le buffet » et « Le bienfait », ça se ressemble, non?

- En tout cas, mes employés à l'entretien devront arrêter de se plaindre de l'inconfort de leur campement quand je leur raconterai que cinq filles de l'Abitibi ont payé 1500 $ pour venir y dormir une fin de semaine!

Les filles, en colère, se sont ruées sur Lily, la secouant et lui criant des injures. Elles lui arrachaient les cheveux, crachaient sur son visage, déchirant ses beaux vêtements.
(Ce dernier bout fait malheureusement partie de mon imaginaire. Mais j'ai eu beaucoup de plaisir à être dans ma tête à ce moment- là.)

 

 

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Le comité du Prix littéraire de l’Abitibi-Témiscamingue